ISRAËL, UN ÉTAT JUIF ET DÉMOCRATIQUE

 

Israël, un État juif

Israël juif n'est pas plus étonnant que Québec français, Russie russe ou Italie italienne. Accuser Israël d'être juif, c'est interdire au peuple juif, et au seul peuple juif, le droit à l'autodétermination.

Le Canada, par exemple, a comme chef d'État la Reine qui est aussi chef de l'Église anglicane. La constitution évoque Dieu. Les privilèges des Églises catholiques et protestantes sont enchâssés dans la Charte des droits et libertés et confirmés par la Cour suprême. Les prêtres font fonction d'officiers d'état civil pour les mariages. Le système politique impose des coutumes religieuses spécifiques comme la fermeture des entreprises à Noël.

Le fait qu'Israël soit un État juif a été reconnu par le droit international. Par exemple, la Résolution 181 de l'ONU du 29 novembre 1947 est explicite : elle vise à créer deux États, un arabe et un juif. Reprocher à Israël d'être ce qu'il est, un État juif, est suspect -- reproche-t-on aux États musulmans, y compris ceux à fortes minorités non-musulmanes, d'être musulmans ?

 

La citoyenneté

La citoyenneté israélienne s'acquiert de quatre façons : naissance, résidence, Loi du retour, naturalisation.

La Loi du Retour est l'expression juridique du lien entre le peuple juif et Israël. L'objectif est à la fois idéologique et humanitaire : donner immédiatement des droits de citoyens aux immigrants pour la plupart apatrides, que ce soit des survivants de la Shoah ou les Juifs expulsés des pays arabes.

Cette loi est également utilisée par les immigrants reçus non-juifs depuis le père Dubois, prêtre catholique français devenu citoyen israélien et professeur de philosophie à l'Université, jusqu'aux réfugiés de la mer vietnamiens.

l'Allemagne a sa propre loi du retour pour les descendants d'Allemands, même si le lien physique avec l'Allemagne a été coupé pendant des siècles, et le Québec, qui favorise une immigration francophone, a des lois similaires.

La Cour suprême d'Israël a déjà interdit des partis politiques juifs extrémistes mais a autorisé des partis politiques arabes extrémistes. Lorsque le Parti progressiste pour la paix de Miari a non seulement indiqué qu'il était aux ordres d'Arafat, un ennemi d'Israël, qu'il souhaitait la victoire des armées arabes, donc la défaite d'Israël, qu'il rejetait dans son programme électoral tout lien entre Israël et peuple juif, la Cour suprême a néanmoins jugé que ce parti pouvait se présenter aux élections. Autoriser un parti qui souhaite la victoire de l'ennemi est une manifestation de démocratie peu banale !

 

Israël, un État multiconfessionnel

Dans la mesure où les notions de peuple juif et de religion juive sont inextricablement liées, parler de l'un sans l'autre n'a aucun sens ; le terme juif signifie à la fois être membre du peuple juif et être adepte du judaïsme.

Israël est un État multiconfessionnel. Le judaïsme n'est pas la religion de l'État. Quatorze religions, dont le judaïsme, sont reconnues par l'État. En comparaison, au Canada, toutes les religions ne jouissent pas des mêmes privilèges que ceux des deux églises supérieures, catholique et protestante. Le 21 novembre 1996, la Cour suprême canadienne a réaffirmé les droits et privilèges des «Écoles séparées», catholiques et protestantes, au détriment de toutes les autres écoles religieuses.

 

Un système différent

Le système israélien est fort complexe et très différent du système canadien. Il s'inspire du millet ottoman qui donnait à chaque minorité ethno-religieuse une autonomie reconnue par l'État, le chef de la communauté religieuse étant considéré comme leader politique de la communauté.

En Israël, à côté des tribunaux civils existent des tribunaux religieux, incorporés à l'État, qui ont juridiction sur les mariages et les divorces. Le système impose une identification religieuse à tous car le mariage civil n'existe pas. En fait, pour les minorités en Israël, chrétiennes, musulmanes, bahaie, druze et autres, ces tribunaux religieux publics officialisent leur autonomie.

Les municipalités ont le droit de respecter le calendrier religieux de leurs habitants. Toute municipalité chrétienne ou musulmane, au lieu d'appliquer de façon obligatoire la loi sur le repos hebdomadaire qui, en Israël, fait du Chabbat, le samedi, un jour chômé, offre des services le samedi mais ferme ses portes soit le dimanche, soit le vendredi. Imaginez que Côte Saint-Luc (quartier de Montréal à majorité juive), décide d'ouvrir ses bureaux le jour de Noël et de les fermer à Kippour ! À la très laïque Université du Québec à Montréal, vendredi et lundi de Pâques sont fériés.

Les relations entre État et société, religion et politique, laïcité et Églises posent des problèmes pour toutes les sociétés. Aucun État n'a encore découvert la solution parfaite. Israël, malgré un environnement hostile, continue à consolider la réalité d'un État à la fois juif et démocratique.

 

(Tiré d'un article de Julien Bauer, Professeur au département de science politique de l'Université du Québec à Montréal, paru dans le quotidien Montréalais Le Devoir, le 4 août 2003.)

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